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  • Barbara & Pierre SIBILLE

Une seconde vie en Occitanie

Article dans le Journal l'Alsace par Jean Daniel Kientz - 9/09/2017 - lien vers l'article


Laure-Minervois dans l’Aude : 4000 hectares de ban communal dont 1400 hectares de vignes, un millier d’âmes et un couple de vignerons alsaciens déjà bien acclimatés aux concerts des cigales. « Nous sommes une vingtaine ici à cultiver la vigne ». Pierre Sibille, l’ex-oenologue de la cave coopérative d’Ingersheim, est en passe de réussir son pari, avec son épouse, Barbara ( L’Alsace du 1er novembre 2015). Le couple et leurs deux enfants, Jeanne, 7 ans et Tom, 9 ans, ont quitté leur Alsace natale en 2015 pour s’installer au cœur de l’un des plus beaux vignobles français, entre Carcassonne et Narbonne, le Minervois.

De belles acidités malgré le soleil

Alors qu’il y a vingt ans, personne ne pariait un fifrelin sur cette région viticole en crise, voilà qu’elle a repris d’une manière spectaculaire du poil de la bête, des vignerons, jeunes ou moins jeunes, redonnant ses lettres de noblesse à cette belle appellation française. « Les terroirs sont magnifiques ; c’est du grès essentiellement, d’où les belles acidités que l’on arrive à obtenir sur les blancs ». Pierre et Barbara Sibille ont investi 300 000 € dans l’achat de matériel. « Tout sauf le tracteur », sourit l’œnologue originaire du bassin potassique qui fut, durant 22 millésimes, le directeur technique de la Cave Jean Geiler. Poudreuse, sous-soleuse, pulvérisateur, pour la partie viticole. En cave, il a fallu mettre en place une climatisation pour la maîtrise des températures, acheter un pressoir pneumatique, des pompes, une bande élévatrice, un décuveur, un égrappoir, plus un turbopigeur, « très pratique » pour travailler les rouges durant la macération et l’extraction des composés phénoliques. L’encépagement de son domaine est bien varié : chardonnay, viognier et roussanne ; en rouge, Pierre Sibille vinifie de la syrah, du grenache et du carignan. « La taille est totalement différente ici. Très peu de taille guyot comme en Alsace ; essentiellement du cordon de Royat. Comme nous sommes en bio, nous pratiquons le labour total ». Les époux Sibille disposent d’une main-d’œuvre saisonnière bien formée. « Il y a ici une culture de la tâche », très pratique, qui évite l’embauche d’un ou plusieurs salariés. « L’accueil est super-positif. Ici, le métier d’œnologue est bien plus valorisé qu’en Alsace. Le regard sur le métier est différent : il y a un respect du métier d’œnologue ».

Pas de frontières entre vignerons

Sa formation est évidemment un grand atout pour réussir un pari pas gagné d’avance. « Je fais partie d’un forum de discussion où une quinzaine de domaines viticoles se partagent des informations. Il y a des Suisses, des Bourguignons, des Hollandais, c’est très ouvert. Le brassage est très intéressant ; les frontières n’existent pas. Nous, on gère 15 hectares mais tu peux facilement discuter avec quelqu’un qui en a 85 de plus. Il n’y a pas de hiérarchie et l’information circule bien. Je crois que c’est parce que les gens savent d’où ils viennent ». D’après Pierre Sibille, la crise des années 2000 et les nombreux arrachages successifs pour réduire une surproduction non qualitative, a finalement fait du bien à l’AOP Minervois connue par tous les consommateurs. « Si tu fais du bon vin, tu peux réussir ». En 2016, le domaine Sibille a produit 37 000 cols, soit une moyenne de 21 hl/ha ! La sécheresse a fait pas mal de dégâts, provoquant une chute des rendements. Pour cette année, les Sibille espèrent dépasser les 30 hl/ha, même si le gel a eu raison de trois hectares de chardonnay. « Notre objectif est d’atteindre les 40 hl/ha », de façon à pouvoir produire 80 000 cols. La commercialisation a bien démarré, alors que le couple est parti de zéro. « On a commencé par faire deux salons : Millésime Bio à Marseille et Vinisud, à Montpellier ; et comme personne ne nous attend, on a bien travaillé l’image de nos vins ».

Le packaging est réussi : le domaine véhicule une image qualitative et moderne. L’étiquette est un festival de couleurs, rappelant d’une certaine manière le terroir. La contre étiquette se décolle et diffuse un message précis, loin du blabla habituel. « Au bout de cinq mois, nous avons vendu 13 000 cols. Notre objectif était de vendre 800 bouteilles par semaine ; on en est à 400 ; en partant de zéro, c’est plutôt bien. On n’en vit pas encore, mais nous avons que de bons retours ».

Bon élève, bonnes notes…

Le domaine dispose d’un gîte touristique pour quatre personnes, complet jusqu’en septembre. Les clients apprécient, semble-t-il, la possibilité de déguster et de discuter avec les vignerons. Pierre va sans doute replanter du grenache, « un superbe cépage », et se lancer dans la bulle, d’ici, 2019, peut-être. Pour l’heure, les Alsaciens peuvent s’enorgueillir d’avoir décroché un 15,5 pour leur AOP Minervois, note décernée par la RVF (Revue des vins de France). Terre de vins a également eu un « coup de cœur » pour l’une de leur cuvée. « Lorsque des cavistes dégustent nos vins, neuf fois sur dix, nous sommes référencés », se félicite Pierre Sibille qui n’a pas perdu le contact avec ses amis du Haut-Rhin ; nombreux sont ceux qui sont passés le voir, notamment le vice-président de la Cave Geiler, Clément Bohn qui, semble-t-il, projetterait d’emmener ses coopérateurs vers l’agriculture biologique.

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Nos Coordonnées

Domaine Sibille

3 Avenue des Bentoulades

11800 Laure-Minervois

06 82 80 97 41 ou 06 82 36 75 29

domainesibille@gmail.com

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