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  • Barbara & Pierre SIBILLE

L'oenologue devient vigneron

Article dans le journal les DNA - 31/10/2015 - lien vers l'article


C’était sa dernière vendange en Alsace. Et il a fini en beauté avec « un magnifique millésime », couronné par des Vendanges Tardives en Gewurztraminer rentrées lundi à 16,5°.

En 22 ans, Pierre Sibille a embouteillé plus de 600 000 hl soit 80 millions de cols à Ingersheim. Après avoir fait le vin des autres, le directeur technique, œnologue de la cave, a eu envie d’élaborer le sien en devenant viticulteur à 48 ans.

« Quand on a passé 22 ans du côté technique, on a envie de s’intéresser à l’essentiel : la vigne, là où se fait le vin », raconte l’enfant du bassin potassique, « fasciné » depuis l’adolescence par l’alchimie de la fermentation du vin. À 14 ans, il faisait déjà fermenter les jus des cerises et des groseilles du jardin familial à Wittelsheim.


Des vignes, un gîte, une aire pour camping-cars

Ça fait deux ans que Pierre Sibille et son épouse Barbara mûrissent le projet de s’installer comme vignerons dans le sud. « Cela a été dur de trouver ce qu’on cherchait. Il nous fallait à la fois le foncier et les bâtiments ».

L’œnologue a racheté une exploitation viticole de 8 ha de rouge en bio à Laure-Minervois, dans l’Aude, près de Carcassonne, qu’il a complétée par 6 ha de blanc (en conversion) pour créer un vignoble de 14 ha. Cela s’appellera le domaine Sibille tout simplement (*). Et pour son propriétaire, il s’agit d’abord « d’un projet de vie » pour lui et sa famille.

Sa femme, fonctionnaire au Département, a pris une disponibilité. Elle est déjà là-bas avec les enfants, et suit une formation JA (jeune agriculteur). À côté de la viticulture, le couple fera de l’œnotourisme. Il va construire un gîte et une aire d’accueil pour camping-cars.


« Là-bas, ils vous attendent »

Le Minervois constitue une opportunité, un beau terrain d’expérimentation pour le nouveau vigneron. « La région a une interprofession très dynamique. Là-bas, ils vous attendent. Pas mal de viticulteurs arrivent à la retraite sans avoir de successeur. Et pour un hectare de vigne en Alsace, on peut acheter 12 hectares en Languedoc », sourit Pierre Sibille.

« Il y a 15 ans, ce vignoble était en crise. Il souffrait de surproduction et le vin n’avait pas la qualité d’aujourd’hui. On a arraché des vignes, et on l’a restructuré en gardant les plus belles parcelles ». Aujourd’hui, les rendements ont été ramenés à 40 hl/ha pour l’AOP (appellation d’origine protégée), et à 80 hl/ha maximum pour l’IGP (indication géographique protégée) avec les vins de Pays d’Oc. « Dans le Minervois qui est une terre de rouge, on aura 6 ha de blanc en vin de Pays d’Oc (IGP). On peut faire plus de choses qu’en AOP en termes de vinification et d’assemblage ».

Adieu riesling, gewurz, pinot noir. Bonjour syrah, grenache, viognier ! Pierre Sibille projette de sortir 35 000 à 40 000 bouteilles, pour un potentiel de production de 100 000 hl. Il ambitionne également de trouver un réseau de grande distribution en Alsace, pour diffuser ses vins. Son but n’est pas de monter une grosse entreprise, mais de faire « un petit domaine où on s’éclate avec l’œnotourisme ». Un projet de vie, plutôt qu’un challenge économique pur. Même si l’homme, qui a greffé un 3e cycle de gestion des entreprises à son diplôme d’œnologue, paraît bien armé pour le réussir.


« La charrue c’est plus sain que le Roundup® »

Pourquoi avoir opté pour le bio quand on vient d’une cave qui ne l’est pas ? « D’abord pour la santé du vigneron et de sa famille et par respect de la vigne. Il est plus sain de passer la charrue que de répandre du Roundup® » Pour Pierre Sibille, c’est aussi une manière de gagner la confiance du consommateur - et vice-versa - et de se démarquer d’un système.

Jeudi, l’œnologue a quitté la maison Jean Geiler avec le sentiment de la mission accomplie. Il mesure le chemin parcouru par la cave d’Ingersheim en 20 ans. « Quand je suis arrivé, j’avais pour objectif de revoir tout le processus technique de vinification. On a tout changé : les pressoirs, la ligne d’embouteillage, les circuits de refroidissement des cuves de fermentation. On a revu l’organisation de la production… » En 1993, l’entreprise faisait 21 000 hl en bouteille. En 2015, elle est à 31 000 hl. La production a augmenté de 30 %.

« Aujourd’hui, Jean Geiler a une belle réputation. On peut être fier de la cave. » Au risque de heurter la modestie de ce professionnel discret, Pierre Sibille y est un peu pour quelque chose.

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